Please do not disturb

Hier, j’ai lu un billet sur un blog. Cela parlait du besoin d’être seule, de s’éloigner des autres, de ne pas supporter les communautés, les rassemblements trop intenses en nombre, en questions, en bruits. De cette situation émergeait un sentiment insidieux : comment ne pas avoir l’impression de laisser tomber les gens que nous aimons tout en restant loyal avec soi-même ?

Ô Solitude, que t’ai-je détesté !

Je suis fille unique et j’ai connu de belles et longues plages de solitude. Enfin, c’était plutôt d’interminables tunnels de silence. Heureusement que je n’avais pas la vieille pendule comtoise au salon qui égraine le temps comme autant d’aiguilles qui s’enfoncent dans vos oreilles. J’ai le souvenir amère d’une retraite forcée à l’âge où tout mon être ne demandait qu’à découvrir le monde. Certains l’auraient bien vécu à construire des cabanes dans le jardin, à grattouiller sa guitare tout l’hiver pour devenir le Justin Bieber du feu de camp d’été sur la plage. Ennuie toi et le ciel t’aidera. J’en ai fait des choses moi aussi, bien sûr. Championne de la créativité : herbiers, mako moulages, bracelets brésiliens, crocodiles en perle, peintures sur verre. Championne de l’introspection avec mes journaux intimes. Championne de l’organisation : rangement des cassettes vidéos, des 33 tours avec répertoires ultra-sophistiqués et renseignés par ordre alphabétique : auteur, année, acteurs et bien sur notes avec système d’étoiles. En 1986, j’ai inventé le allo ciné !

Ai-je la tête à l’envers ?

J’ai détesté les mercredis, les weekends, les vacances scolaires de ma jeune adolescence. Et que j’aimais le mois de septembre et la rentrée, le dimanche soir que suit le lundi matin ! J’étais à contre-courant de tous les autres. Je me sentais seule dans ma solitude solitaire jusque dans mes sentiments. Et puis, sans le vouloir, je me suis fais piéger par ses heures mortes où mon corps et ma tête ne demandaient qu’à se mettre dans le siège arrière de la Simca 1100, d’ouvrir la fenêtre et de regarder le paysage de ma banlieue courir. Je n’avais plus d’énergie. Ma chambre était devenue ma prison.

Quelques années plus tard, j’ai bien profité de la liberté qu’offre la majorité. Je suis allée à beaucoup de fêtes, de concerts, entourée d’amis. Mais toujours, il fallait rentrer. Il m’était impossible de suivre le rythme, de sortir tous les soirs pendant des mois, d’être constamment entourée de musique et de fêtes. La solitude me sifflait dans les oreilles telle une sirène qui me rappelle au port (la maison) et la fatigue me tombait dessus comme une enclume. Le besoin de revenir chez moi était irrépressible. Dormir, ne plus parler, me sentir libre de ne rien faire, ne plus me mélanger aux autres, me réaspirer de l’intérieur. Ma maison était devenue mon lieu de retraite.

Adulte, cette nécessité était toujours là. Comment faire quand on a une famille, des enfants qui sont constamment en demande, des amis, des enfants d’amis etc… J’ai longtemps lutté en m’obligeant à être là, tout le temps, dans le bruit assourdissant des conversations qui s’entre-choquent. Je me suis énervée contre ces envahissements involontaires et amicaux. A certains moments, je devenais acariâtre quand d’autres fois, j’étais une présence absente. Quand on partait faire des ballades, j’étais toujours devant ou derrière le groupe, aimant ce silence qui accompagne la marche. Je me retirai quelques minutes pour aller me reposer tout en culpabilisant d’avoir envie de dormir, de ne pas faire comme les autres, de manquer d’énergie.

Etre seule pour refaire le plein d’énergie

Et puis, un jour, je me suis « positionnée ». Lors d’un week-end de trop pour mon cerveau, j’ai demandé à mon compagnon si ça le dérangeait que je parte deux jours, le laissant seul avec les enfants, lui expliquant que ça devenait vraiment vital. Lui, savait que de passer de 1 à 15 à table pendant 2 jours pouvait être une épreuve pour moi à certains moments. Il a accepté sans hésitation. Du coup, miracle que peut procurer la parole, je n’ai pas eu besoin de partir seule. Je savais que j’avais cette liberté et que je pouvais l’utiliser sans blesser mon entourage. Au fur et mesure, j’ai pu exprimer mon appétit de solitude et maintenant, tout le monde respecte mes évasions.

Aimer être seule ne signifie pas être anti-social, ne pas aimer son prochain ou même se regarder le nombril. Etre seule, c’est pouvoir se ressourcer pour être plus disponible aux autres. Etre seule et le choisir, c’est se retrouver en soi pour nourrir son jardin intérieur. Découvrir avec bonheur, la simplicité d’être juste avec soi-même. Maintenant, ma maison est mon lieu de ressourcement.

Aujourd’hui, j’ai trouvé mon équilibre. Je choisis mon temps de solitude et de plongée dans le monde. Je travaille seule entourée de pleins de gens et j’organise moi-même des journées en famille.  Et devinez où est mon bureau ?

4 Commentaires

  • Quédreux posté 12 septembre 2016 14 h 25 min

    La solitude est pour moi le passage obligé pour ÊTRE. Sinon, comment puis-je « être » moi-même parmi et avec les autres ? pas besoin de culpabiliser, ce besoin est, je le crois, universel. Merci Chris, tes post sont toujours aussi bien écris et agréable à lire !

    • Christelle Martinez posté 12 septembre 2016 14 h 30 min

      Merci Xavier pour ton partage et tes encouragements. Comme tu dois le constater chaque jour, beaucoup d’entres nous n’ont pas encore réussi à se reconnaître dans le silence et la solitude. Par ce post, je les encourage à devenir eux mêmes en partageant mes expériences. Bises

  • Eva posté 12 septembre 2016 17 h 59 min

    Merci de rebondir sur ma parlotte <3 Je trouve que tu saisis vraiment l'essence du problème : comment trouver l'équilibre, et donner à chacun, y compris soi-même, ce dont il a besoin… Ça se fait petit à petit, comme l'équilibre alimentaire, comme l'équilibre professionnel… l'équilibre, quoi 🙂

    • Christelle Martinez posté 13 septembre 2016 8 h 34 min

      Je te lis, tu me lis, nous nous lisons. Finalement la solitude peut se partager. Incroyable !! <3

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