La violence au travail : histoire d’une Loi, histoire des hommes

harcelement-au-travailHier j’ai passé la journée à écouter des spécialistes à l’Université Lyon 3. Le sujet du matin « accompagner les entreprises et les collectivités pour faire face à la violence ».

Ouh laaaa, on va pas se marrer !

C’est ce que je me suis dit mais des fois, il faut savoir sortir de sa bulle et aller voir ce qui se passe ailleurs. Au final, j’ai beaucoup appris sur le mécanisme de notre société et sur le bien fondé de remettre l’humain au cœur de notre système.

L’ORIGINE D’UNE LOI

Le spécialiste

Connaissez-vous le CESE ?

Jusqu’à hier, je n’avais jamais entendu parler de ce truc. Et pourtant, le Conseil Economique Social et Environnemental est la 3ème assemblée constitutionnelle de France ! Juste derrière l’Assemblée et le Sénat.

Ah quand même !

Ils ne sont pas élus. Ceci explique (peut-être) cette méconnaissance. Ce sont des spécialistes que le gouvernement utilise pour éclairer leurs lanternes avant de prendre une décision. Ils font donc autorité (puisqu’ils savent) mais n’ont pas de pouvoir (puisqu’ils ne sont pas élus).  C’est l’alliance des deux, bien sur, qui devient intéressante, constructive, précurseur. Encore faut-il que le pouvoir et le savoir aient les mêmes objectifs (mais là est un autre problème).

Le lanceur d’alerte:

Il y a quelques années, Michel Debout, médecin légiste comprend que le stress peut provoquer chez  l’homme des traumatismes, des maladies, de la violence. Membre du CESE, il demande une auto-saisine pour qu’un travail de recherche soit effectué. A l’époque, Il ne convainc pas.

Quelle idée ! mais si les gens ont des problèmes, c’est leur problème ! ils n’ont qu’à les régler tout seul ou changer de métier. Circulez !

A ce moment là, le bien-être n’est pas du ressort de l’entreprise. Tu fais ça chez toi en famille le dimanche. Le bien-être n’a aucun rapport avec la productivité. Tu as un travail, tu le fais point barre. Si tu es stressé, c’est que tu n’es pas assez fort. C’est de ta faute. Le monde du travail et le monde personnel font 2.

Mais le monde est en mutation.

L’entreprise au service de l’homme

devient

L’homme au service de l’entreprise.

Et ça, ça change TOUT.

Le déclencheur :HIRIGOYEN-Marie-France

En 1998, Marie-France Hirigoyen invente le terme harcèlement moral. Psychiatre elle écrit son 1er livre : Le harcèlement moral, la violence perverse au quotidien. A ce jour, 400.000 exemplaires sont vendus !! Le monde fait la relation entre la santé mentale et l’environnement et veut aller plus loin.

(Pour repère, Charlotte de David Foenkinos après 12 rééditions s’est vendu à 380 000 exemplaires).

L’élu : 

Le gouvernement se dit qu’il y a quelque chose à faire. Demandons un rapport aux spécialistes. Retour à la case départ ! Le CESE est commissionné pour travailler le sujet de la violence interne au travail, du harcèlement moral. En 2001, le rapport sur Le harcèlement moral au travail est publié. En 2002, le harcèlement devient un délit. On parle à présent de la santé mentale des salariés.

Une victoire ? pas tout à fait. Pour que le délit soit reconnu, le médecin doit compléter un dossier médical qui fixe le taux d’IPP (incapacité permanente ou partielle). Le taux d’IPP pour le burn-out est fixé à 25%. Au jeu des pourcentages, une dépression vaut 10 points, une main coupée vaut 20 points et un œil arraché 25 points !

Jackpot !!

Les barèmes sont tellement élevés que tout le monde passent en dessous. En juin 2016, le gouvernement doit remettre un rapport au Parlement pour que la loi légifère et que la pathologie psychique entre au code du travail.

Le harceleur :

A ce niveau là, on comprend qui est le harcelé (le salarié). Il est alors normal de se demander qui est le harceleur.  Le chef tyrannique
bien sur. Celui qui vous traite de tous les noms. Ou alors le manager zélé qui veut des rapports vite-vite-vite et vous appelle même le week end. Remarquez le client bougon qui vous insulte parce que vous n’avez pas de monnaie est pas mal aussi. Et Jean Claude, le collègue collant qui vous drague à longueur de journée, il harcèle lui aussi. Il y a aussi les économistes qui inventent la culture à la performance, les actionnaires qui veulent gagner toujours plus, les objectifs toujours plus hauts, les outils de gestion plus compliqués, les contrôles plus nombreux , les organisations paradoxantes, la course du plus vite, du plus fort, du plus haut. Mais dites, on ne parle plus d’hommes là.

Donc, pour résumer, le harceleur est la culture de la haute performance (culturel donc différent de naturel) qui change tous les curseurs. On monte haut et on redescend au plus bas. Le super actionnaire harcèle le président, qui harcèle le pdg, qui harcèle le cadre sup, qui harcèle le DRH, qui harcèle le cadre, qui harcèle le chef qui harcèle l’employé, qui harcèle….

Tout le monde tape sur tout le monde.

Tout le monde devient fou.

Le solutionneur :

Pour le moment, ne cherchez pas la résolution auprès des grands décideurs (patrons, grandes écoles, élus). Leur intérêt est ailleurs. Les conséquences d’une reconnaissance du harcèlement au travail (qu’elle qu’il soit) demandent aux grandes entreprises un changement radical, financier, organisationnel, managérial, comportemental.

Michel Debout (le lanceur d’alerte) n’a pas attendu que les lois soient votées. Il a co-fondé (entres autres) de V.T.E. (violence travail environnement)  qui accompagne les entreprises qui ont compris que l’humain est au cœur de leur projet économique. Ils établissent des diagnostics et préconisent une organisation. Leur équipe de travail est constitué de psychologues du travail, de cliniciens et d’ergonomes. Le groupe Casino est leur client depuis 14 ans. (je ne fais pas de pub car je vais au super U en bas de chez moi).

Adapter le travail à l’homme et non plus voir l’homme s’adapter à tout prix à son travail

Remettre en marche les notions de respect, de convivialité, de simplification, d’adaptation, d’équilibre vie pro, vie perso, d’écoute. Les sociétés qui fonctionnent comme cela n’ont pas de turn-over incessant, d’arrêt maladie, d’absentéïsme. Pourquoi ? parce que les salariés se sentent au cœur du système, ils se sentent en sécurité, sans compétition incessante, ils ont leur utilité dans la société et la Société.

La réflexion se doit d’être profonde, non superficiel. Le monde est en quête de sens.

Pourquoi pas celui là ? notre rôle dans la société.

Matinale organisée par le cabinet VTE, en partenariat avec l’IAE Lyon – Université Jean Moulin Lyon 3 – Prochains événements 

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4 réflexions au sujet de « La violence au travail : histoire d’une Loi, histoire des hommes »

  1. Xavier dit :

    Bravo bravo bravo!
    Je suis admiratif de la qualité de cette synthèse, en particulier, et de la qualité des autres newsletters reçues en général.
    Félicitations!
    un admirateur ardéchois … 😉

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